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LE MORSE 1/2
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Rubriques d'antan ... Souvenirs


Code MORSE et temps de transmission

Le Colonel NAUDIN a, une fois encore, déniché dans ses inépuisables archives un article évoquant un passé commun à beaucoup d'entre-nous. Passons-lui la « plume».

« Cette année encore, j'ai trouvé matière à participer au devoir de mémoire et vous propose pour la rubrique : « SOUVENIRS DU PASSÉ » du bulletin, un article que j'ai intitulé : Code MORSE et temps de transmissions ».

J'y parle du problème des transmissions rapides sur lequel j'ai travaillé (hors armée de l'Air), au milieu des années 1960/1970. Le but recherché était d'éviter que le lieu d'émission ne puisse être repéré par les moyens de localisation adverses.

La Marine nationale, qui avait un besoin identique pour les sous- marins lanceurs d'engins, dont le premier était en voie d'achèvement, a profité de ces études ».

Code MORSE et temps de transmission

–ti,taaa,,,,.ti,–..,ti.taaa–..ti––

J'entends souvent le chant des tourterelles, et cela me rappelle les périodes de ma carrière où, mécanicien radiotélégraphiste, je « titillais » un manipulateur, et aussi celle où, officier mécanicien ingénieur des télécommunications, j'eus à m'intéresser à ce qu'on appela alors « les transmissions rapides ».


Samuel MORSE (1791-1872)

Mais qui, à part quelques radio-amateurs n'ayant pas adopté la phonie, se souvient du code conçu par un peintre américain nommé Samuel MORSE (1791- 1872) pour permettre de transmettre des informations en « hachant » subtilement un courant électrique à l'aide d'un interrupteur à levier (le « manipulateur ») selon une idée qui « lui était venue » ?

Dès le début de la « radio », le code « MORSE » fut utilisé pour la transmission de messages par découpage des ondes radioélectriques. Ce fut la « T.S.F. » (Télégraphie Sans Fil), procédé encore un peu utilisé à la fin du XX ème siècle. En « surfant » sur les bandes ondes courtes, on pouvait encore capter quelques émissions en morse.

Les inconvénients du code Morse

L'inconvénient majeur des transmissions en morse était leur lenteur. Celle-ci fut responsable pendant la guerre 1939-1945 de la capture par les Allemands d'un grand nombre d'opérateurs radio de la Résistance. Les moyens goniométriques dont disposaient les Allemands permettaient de situer les lieux d'émission lorsque la transmission durait plus de quelques minutes.

Pour échapper à ce danger, les consignes étaient :

  • de changer de fréquences d'émission à plusieurs reprises,
  • de découper les messages longs en plusieurs tranches transmises à des vacations successives,
  • de changer fréquemment d'emplacement.

Mais elles n'étaient pas toujours respectées, soit pour raison d'urgence, soit par impossibilité, soit aussi par inconscience du danger.

Pendant la « Guerre froide », les moyens de localisation des lieux d'émission s'étaient perfectionnés, et il ne fallait pas plus de deux à cinq secondes pour les situer.

Malgré des procédés de chiffrement élaborés permettant de réduire la longueur des messages, la transmission manuelle en morse durait trop longtemps pour y échapper, un opérateur entraîné ne pouvant pratiquement pas transmettre en moins de 25 secondes un message de dix groupes de cinq lettres, et en moins de quarante secondes un message de dix groupes de cinq lettres.

L'utilisation pour les chiffres de codes morse « réduits » permettait de ramener la durée de transmission du message de dix groupes de chiffres un peu en dessous de celle du message de dix groupes de lettres (voir tableau en annexe).

À noter que l'utilisation de radio-téléimprimeurs avec mise en mémoire préalable des messages par perforation d'un ruban de papier permettait des transmissions à la vitesse de 50 Bauds : 9,6 secondes pour un message de dix groupes de cinq caractères (lettres ou chiffres), puis à la vitesse de 75 Bauds : 6,4 secondes pour le même message.

La « transmission rapide »

Au milieu des années 1960/1970, pendant la « guerre froide », les moyens de localisation des émetteurs avaient fait de grands progrès et cette localisation par relevés radiogoniométriques et transmissions quasi instantanée des données à un « centre de coordination » était obtenue en deux à cinq secondes. Il était indispensable de trouver le moyen d'y échapper.

D'un côté comme de l'autre du « rideau de fer », on eut l'idée d'utiliser un support magnétique pour la mise en mémoire des messages, certains utilisant un disque, d'autres une bande. Le signal provenant d'un oscillateur basse fréquence, découpé par la manipulation, allait impressionner le support magnétique. La lecture en « accéléré » donnait, après traitement du signal obtenu, le signal qui allait manipuler l'émetteur à une vitesse de l'ordre de 1 000 Bauds, réduisant le temps de transmission d'un message de dix groupes de lettres à environ une demi- seconde (à environ une seconde pour des groupes de chiffres).

Je conçus et fis réaliser la maquette d'un appareil utilisant la bande magnétique, avec un générateur signaux morse permettant à une personne ignorant code morse de mettre un message en mémoire (voir annexe 2).

Les mémoires à tores magnétiques apparues marché à la même époque ont permis la réalisation d'appareils permettant :

  • de générer les signaux morse correspondant différents caractères par simple appui sur les touches d'un clavier,
  • de mettre le message en mémoire,
  • de transmettre ce message à des vitesses de 1 000 ou 2 000 Bauds.

Les messages étaient émis « en l'air » (sans prise de contact préalable) à des heures convenues.

À la réception, cela donnait un « bruit » semblable à un parasite atmosphérique. Il était nécessaire de mettre en mémoire le signal reçu, par prélèvement sur la sortie moyenne fréquence (30 KHz) de récepteurs à double changement de fréquence (peu de modèles à l'époque disposaient d'une sortie MF 30 KHz). Cette mise en mémoire était faite :

  • soit sur un support magnétique (bande d'un ma- gnétophone à deux vitesses, une rapide pour l'en- registrement et une lente pour la lecture, rapport de l'ordre de 50 à 1),
  • soit sur ruban papier après détection de l'enveloppe des signaux par intégration, à l'aide d'un enregistreur « rapide » à jet d'encre,
  • soit sur les deux simultanément.

La restitution du message était faite par « lecture au son » en utilisant la vitesse lente du magnétophone ou par lecture visuelle du ruban de papier. La comparaison des deux permettait de lever d'éventuels doutes.

Et maintenant ?

Fi du morse ! L'utilisation de fréquences de plus en plus élevées comme support de la transmission etla réalisation de mémoires ayant des capacités de plus en plus grandes, tout en étant capables d'être lues à très grande vitesse permettent des débits de plusieurs giga-octets, un octet étant le nombre de bits représentant un caractère. On est très loin des 50 et même des 1 000 ou 2 000 Bauds.

Les moyens d'interception et de localisation se sont perfectionnés de leur côté. La guerre entre arme et cuirasse en matière de communications continue.

Lieutenant Colonel NAUDIN